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Le col
"La" en népalais c'est le passage, ou plutôt la divinité qui garde le col et qui peut permettre ou interdire de le traverser. Les cairns qui le signale sont faits de tas de pierres, de bâtons, de foulards, de drapeaux à prières qu'un pèlerin souhaitant se concilier les dieux de la montagne dépose au col. Ils portent bonheur au voyageur qui franchit un col pour la première fois. Jeudi 1er novembre 2007 Nous avons bien dormi, malgré le froid qui a envahi la chambre au matin. Surprise dehors tout est gelé, même le tuyau d'arrivée d'eau ! Débarbouillage à la "lingette" et brossage rapide des dents. Il n'y a pas de douche, pas de lavabo au lodge… et ne parlons pas des toilettes !
Bon, nous sommes à 5 000 m quand même et puis la bonne humeur de nos hôtes et de nos sherpas remplace le confort… après notre exploit de la veille. L'étape du jour doit être "reposante", en descente essentiellement, alors avant de partir nous avons le temps de visiter les lieux : la cuisine
et la boutique bien achalandée !!!
A 8 heures, départ pour les grands cols, vers Dzonglha par le chemin de l'aller. De l'autre côté de la vallée, le chemin reliant Lobuche à Pheriche est nettement visible, nous distinguons le Thokla Pass et le mémorial Sherpas.
Nous bifurquons en direction du nord-ouest. Le sentier traverse un versant abrupt couvert d'une végétation pauvre, tandis que se dévoile, sur la gauche, le glacier du Chola.
À ses pieds, apparaissent soudain les eaux turquoises du Chola Tsho.
On progresse en amont de ce lac, jusqu'au hameau de Tsholo (4665m). Puis, nous traversons, sur un pont de pierre assez précaire la rivière qui alimente le lac : Chola Khola. Le chemin emprunte des moraines très anciennes.
Plantées au milieu d'un replat, de l'autre côté du cours d'eau, quelques baraques révèlent une présence humaine : il s'agit de Dzonglha (4843 m) où nous allons passer la nuit. Le village est situé au pied du Cho La et nous pouvons apercevoir le sentier que nous emprunterons demain.
Au déjeuner : des œufs et des frites… Petit problème, il n'y a toujours pas d'eau au lodge, alors ce sera douche à la source : 100 mètres plus bas, température : quelques degrés pour l'eau mais heureusement l'air est doux, avec un petit tour quand même par "la salle de bains".
Vendredi 02 novembre 2007 Il est 5 heures quand sonne le réveil… Pour une fois, j'envisage une "grasse matinée", coup de fatigue ? mais le petit déjeuner nous attend déjà, le départ est fixé à 6 heures, au lever du jour.
Nous traversons une plaine alluviale, le sol est très humide. Il n'a pas beaucoup gelé cette nuit pourtant nous sommes à 4 900 mètres. Nous apercevons le Lobuche Est qui domine la plaine de ses 6 119 mètres, c'est une belle face glaciaire. A ses pieds quelques lacs glaciaires d'un bleu intense. Les lacs de montagnes sont connus par les géographes sous le nom de "laquets" s'ils ont été créés par une activité glaciaire. Les laquets se situent principalement proches des sommets de l'Himalaya, à environ 5 000 mètres d'altitude.
Notre chemin se poursuit vers le nord, et progresse en terrain d'abord assez plat, puis la pente s'accentue progressivement et le cheminement, parmi les moraines, devient rude. Après c'est un passage en rocher facile mais avec de grosses pierre à grimper, ce qui sollicite parfois les mains pour l'appui. J'atteins le haut du rocher, où je retrouve Yves & Jacques.
En contrebas j'aperçois le dénivelée important (500 mètres), et dessous, un peu plus bas Passang Sherpa avec le caisson hyperbare (au cas où ?) il précéde le groupe de Julien qui forme des petits points noirs sur les rochers.
Juste devant, Sabine est accompagnée par Dhan Bhaduir notre Sirdar.
Enfin, nous prenons pied à 5 350 m sur un glacier, c'est pour moi un magnifique cadeau : c'est mon anniversaire aujourd'hui. Ici l'univers m'appartient, et j'appartiens à l'univers. Toujours un peu essouflée, j'écoute le vent siffler sur ces hauteurs qui semblaient tellement inaccessibles.
s Nous remontons le glacier relativement plat sur une piste enneigée qui nous emméne au col Cho la Pass. Un gypaète traverse cette blancheur et son ombre traîne sur la neige.
De ce passage perché à 5420 m d'altitude, une ambiance de haute montagne se dégage vers la vallée de la Duhd Kosi. Au nord du col, se dresse un sommet sans nom, culminant à 5623 m, qui nous titille par ses 200 m de dénivelée, il semble accessible mais nous n'avons pas de matériel d'alpinisme.
Il faut à présent penser à la descente, qui d'ailleurs ne semble pas facile. Un dernier coup d'oeil sur la vallée où l'on aperçoit le Lobuche Est, la vallée du Khumbu assez loin et l'Ama Dablam. Nous entamons la descente, bien enneigée sur de hautes marches de pierre irrégulières.
Après presque 2 heures de marche dans une vieille moraine qui use les jambes c'est la pause déjeuner. Après ce repos bien mérité, nous reprenons la route, encore assez longue dans une pente très dénudée.
Quand les nuages envahissent la vallée, nous atteignons enfin Dragnag à 4 700 mètres.
Nous rejoignons "le Chola Pass Ressort", lodge tout neuf, construit depuis 2 ans. Pour la douche... encore une épreuve, des seaux sur le toit sont remplis un à un quand l'eau de la bouilloire est chaude ! Un exploit de pouvoir se doucher. Les chambres sont très propres avec de la lumière au plafond, un grand luxe. Au dîner : surprise, il y a un gâteau et 1 bougie !
Samedi 03 novembre 2007 Nous partons à 8 heures pour Gokyo. Au départ de Dragnag, nous descendons la moraine pour traverser le glacier Ngozumpa qui naît sur les pentes du Cho Oyu. En fait il s'agit du front de la langue glaciaire de ce gigantesque glacier. Surprenant et surtout démesurer (environ 1,2 km de large à l'endroit où nous le traversons).
La surface de la glace quant à elle est recouverte de pierres (du à l'érosion), entre les séracs dorment de magnifiques lacs parfois bleus, parfois gris selon la profondeur. Et chose plus surprenante encore nous découvrons des dunes…! de belles dunes dignes du "Sahara" avec un sable gris clair très fin et très doux. Nous y laissons l'empreintes de nos pas avant de rejoindre l'autre rive.
Nous prenons pied sur la rive droite du glacier Ngozumpa au niveau du lac Longponpa (4 710 mètre d'altitude) et ses belles eaux vertes. Il s'agit du plus petit des trois lacs qui se succèdent sur ce replat coincé entre le glacier et les versants raides. Nous continuons tranquillement notre chemin vers le nord. Au sud, le Thamserku et le Kang Taiga dévoilent leurs faces nord abruptes : impressionnant ! Le chemin traverse des prairies caillouteuses pour rejoindre un autre lac Taboche Tsho (4 740 mètres).
Nous atteignons enfin le Dudh Pokari lake (4 750 mètres), sur les rives duquel se niche Gokyo (4 790 m). Avant d'atteindre le village nous longeons les rives de ce magnifique lac aux eaux bleues turquoises, bordées de petits chortens et de drapeaux à prière. Ces cairns sont consacrés aux démons de l'eau : Klu qui peuvent être vindicatifs si on les oublie.
Ce village d'alpage, habité uniquement durant les mois d'été, est construit au pied de l'imposante moraine du glacier Ngozumpa, qui culmine 50 m plus haut. Le lodge se trouve au bord des eaux bleues froides, dans un cadre superbe. Surplombant le lac, le Gokyo peak nous domine du haut de ses 5 360 m. En levant les yeux nous pouvons apercevoir le Renjo Pass, col que nous franchirons demain. Seul le glacier du Ngozumpa reste invisible, caché derrière sa masse morainique. Nous nous installons au "Lake side Lodge".
Après le déjeuner nous profitons du soleil pour effectuer une petite balade. Nous rejoignons à travers les parcs à Yaks une sente qui se faufile entre la moraine et la rivière qui alimente le Dudh Pokari, ce tracé permet de monter sur la moraine du du glacier Ngozumpa. De petites plaques de neige, rappellent qu'à cette altitude frôlant les 5 000 mètres, la neige peut apparaître fréquemment. Au sommet de la moraine, on découvre au nord, le glacier Gaunarar, qui descend du Chakung (7 029 mètres) avant de rejoindre le glacier Ngozumpa, tandis que le Cho Oyu se dresse tout proche, accompagné du Ngozumpa Kang et du Gyachung Kang. Nous redescendons, en empruntant un sentier au pied du Gokyo peak, avec une magnifique vue sur le lac qui se couvre de nuages vaporeux.
Petite lessive au lodge, je prends des nouvelles de Sabine, qui ne nous a pas accompagnés. Ce soir ce sera Coca-Cola et riz blanc ! Pour être en forme demain. A 20 heures nous dormons.
Dimanche 04 novembre 2007 4 heures, nous sommes réveillés par Julien, quelques minutes pour faire le sac : nous sommes rodés maintenant ! Petit déjeuner à 4 heures 30, et à 5 heures 10 nous partons en direction du Renjo Pass. A la lueur des frontales, nous contournons le Dudh Pokari lake, jusqu'à une petite rivière qu'il faut franchir à gué (sans mouiller les chaussures, ce qui n'est pas évident de nuit). Puis, une sente assez raide s'élève sur un versant couvert d'une végétation sommaire et parsemée de gros blocs de pierre. Sa trajectoire doit nous mener au col à (5 340 mètres), donc 500 mètres de dénivelée.
Un joli ruban se déroule sous nos pieds sur un sentier de très belles roches polies par un glacier qui a pris bien du recul. Le chemin continue par la droite détournant un chaos de rochers et se poursuit dans la neige.
La montée se fait plus raide, il faut à présent franchir des marches irrégulières creusées, par les fréquents passages et l'érosion des glaciers. En fait contrairement au col précédent le Cho La, le Renjo La est emprunté très fréquemment par des yaks et donc le sentier est bien tracé. Après plusieurs virages très serrés et un ultime effort, l'arrivée au col récompense tous les efforts. Je tombre presque à genoux, folle de joie, sur une étroite arête entre 2 mondes dans le clapotement incessant des drapeaux de prières usés et presque transparents.
Dans un festival de couleurs, les incontournables drapeaux à prières, j'atteins le "Renjo Pass". De ce belvédère je peux attendre tranquillement le reste du groupe, seuls Jacques & Marc m'accompagnent, nous avons franchi la distance qui nous sépare du Lodge en un peu moins de 4 heures. Nous pouvons goûter à présent la vue incomparable qui se dévoile sur les plus monstrueuses montagnes du monde et admirons leur reflet dans les eaux du lac.
Au nord, le Cho Oyu emplit le ciel de ses 8 201 mètres d'altitude et nourrit le glacier Ngozumpa.
En se tournant progressivement, le Ngozumpa Kang (7 806 m), le Gyachung Kang (7 922 m) et le ChaKung (7 020 m) barrent l'horizon, puis suivent le Pumori (7 145 m), l'Everest (8 848 m), le Nuptse (7 879 m) qui cache partiellement le Lhotse (8 516 m), et enfin, au loin, le Makalu (8463 m) : quatre sommets dépassant 8 000 m d'altitude d'un seul coup d'œil !
Sans oublier, vers le sud, les montagnes qui nous accompagnent depuis Namche Bazar : Cholotse, Tawoche, Ama Dablam, Kang Taiga et Tamserku. Et à nos pieds le petit village de Gokyo et son lac. Nous acclamons chaleureusement nos compagnons à leur arrivée : ils l'ont bien mérité, vu les efforts fournis.
Julien accompagné de Christian, Richard et Gussang
Et, enfin Dan Badhuir qui n'est pas en pleine forme, il est grippé
Puis il nous faut affronter la descente, très escarpée, et très longue dans un front de moraine jusqu'à un petit lac "Angladumba tsho" (5000 m) où nous savourons notre pique-nique, le soleil adoucit l'air et nous en profitons.
Le sentier ensuite descend sur des croupes plus ou moins herbeuses. Le temps change rapidement et nous terminons notre journée dans les nuages bas qui envahissent la vallée et refroidissent l'atmosphère. Après plusieurs traversées de parc à Yak, nous atteignons notre lodge : il bruine. C'est la première pluie depuis notre arrivée.
Ce soir, plat traditionnel népalais le Dal Bhat (littéralement Riz Lentilles) et nos Sherpas nous enchantent avec leurs chants traditionnels.
Lundi 05 novembre 2007 Nous avons passé une très longue nuit : 20 heures à 7 heures 20… pas un bruit dans le dortoir… tout le monde était fatigué par les derniers jours de marche. Toutes les grosses difficultés du trek sont passées, nous entamons la descente de retour… pour rejoindre Namche Bazar. Nous quittons Langden sous un ciel bas pour rejoindre la vallée de la Bhote Koshi "La rivière de Lait". Dans une vallée très large, nous admirons un paysage très particulier. Des petits murets sont dressés un peu partout, ce sont des enclos où paissent des yaks pareils à des rochers noirs dans le soleil froid.
Le long du chemin on trouve toujours une grande activité. Une maison ou un lodge accueillant avec des Sherpas, des enfants souriants.
Les maisons, souvent de construction simple, sont ouvertes sur des murets de fortune qui permettent aux porteurs de déposer leur fardeau.
Après avoir traversé plusieurs ponts,
le sentier descend rapidement dans un passage assez étroit & très raviné.
Et nous atteignons le croisement avec la route du Nord.
C'est par cette vallée que passent les caravanes de tibétains et leurs Yaks (d'où les enclos). En effet, les caravanes tibétaines qui font du commerce entre Népal et Tibet montent vers le Nord jusqu'au col de Namga La à 5 716 mètres.
Dans la vallée les bruits de cloches sont souvent les premiers indices de la présence des Yaks. Les animaux de tête, lourdement chargés, sont parés de colliers rouges et de pompons vivement colorés, ils sont chargés de sacs de grain et de marchandises diverses.
Les tibétains sont souvent en costume semi-tradionnels un peu crasseux. Les hommes cheveux tressés retenus par une bague de corne et de belles turquoises aux oreilles, à leur coup luise des colliers, amulettes. Avec leurs cris discordants, leurs sifflets aigus, ils houspillent leurs bêtes.
les femmes sont en longue robe de drap grise ou noire, un tablier rayé enserre leur taille. Curieuses, elles nous inspectent de la tête aux pieds un grand sourire sur leur face brune et ridée.
Un autre pont, qui semble interdit aux yaks ? Ou peut-être pas très confortable pour leurs pattes !
Nous croisons un peu plus de monde sur le sentier qui est déjà plus large et praticable, malgré quelques glissements de terrain où il disparaît presque complètement, ce qui rend la marche périlleuse. Des népalaises rient beaucoup en nous croisant, nos accoutrements les feraient-elles rire ?
La météo n'est pas très favorable, les nuages encombrent la vallée, l'humidité est bien installée. Parfois les nuages se déchirent et nous sommes heureux d'apercevoir encore les sommets enneigés. Il faut en profiter un maximum, bientôt ce ne sera plus qu'un souvenir !
Nous sommes repassés sous la barre des 4000 m d'altitude et nous atteignons "la banlieue" de Thame, marqué par un beau chorten.
Nous faisons la pause du déjeuner. Nous retrouvons la civilisation : "une petite fille regarde la télévision ! La star'ac, version népalaise".
Thamé est situé sur un replat à 3 750 m d'altitude, enclos à yacks, murets en pierre sèche et cultures de pommes de terre confèrent une ambiance champêtre à ce petit plateau. Il faut traverser un parc à Yaks qui semblent nous ignorer
et après une belle montée, nous atteignons le monastère, situé à l'ouest est collé contre une paroi à 3 900 m d'altitude.
De nombreuses pierres à Mani annoncent la Gompa. La proximité du Tibet et les religieux qu'elle accueille régulièrement font sa réputation.
Nous sommes accueillis à la Gompa par un jeune Moine, qui semble captivé par l'appareil photo numérique de Sabine… et oui le numérique, l'internet a atteint les contrées reculées de l'Himalaya !
Petite visite du Monastère et activation des moulins à prières. Puis nous redescendons sur "Thame village" jusqu'à notre Lodge.
"L'Everest Summiteer Lodge" est chauffé et très accueillant. Ce Lodge appartient à Appa Sherpa, qui a réussi l’exploit, le 16 mai 2007, d’escalader le mont Everest pour la 17e fois, battant son propre record du plus grand nombre d'ascensions réussies sur l’Everest.
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21/01/2008 - Quelle belle aventure